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Tortueux itinéraire

Notes

Frédéric O. Sillig



Toutes les carrières d'architectes, dont la mienne, sont diaprées d'événements bizarres ou de contacts qui le sont encore davantage et dont certains nous transportent parfois au-delà des confins de la psychiatrie. En voici quelques-uns qui illustrent les effets du hasard et de la fatalité mais aussi produits par l'incompétence, l'extravagance, la négligence, la mauvaise foi jusqu'à la démence caractérisée. Entendu que tous les faits évoqués ci-dessous, bien que soigneusement anonymisés, se sont réellement produits.


Mais non !... Des sources !
Un droit de source non-publié au registre foncier par un notaire étourdi – mort depuis longtemps – brandi par un voisin bien après la délivrance du permis de construire légitimant un important complexe d'habitations groupées que j'avais conçu. Cela, in extremis, juste avant le début de la construction, ce qui a provoqué l'anéantissement de six mois de travail de mon équipe et le départ d'un client prestigieux. La responsabilité du notaire, évaporé – au propre et au figuré – pour cette faute professionnelle capitale l'a suivi dans la tombe sans toutefois le poursuivre.
Seuls sont restés nos yeux pour pleurer.
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Olfaction ascensionnelle
Le projet d'un ascenseur à cabine transparente au sein d'une imposante construction m'a valu la visite de techniciens d'une célèbre firme fabriquant ce genre d'équipement, en frénétique quête d'une adjudication. Les présentations me révèlent que l'un d'entre eux n'est autre que le PDG et propriétaire de cette très grande entreprise. Quelques propos anodins sont échangés sur le trajet séparant l'entrée de la salle de réunion. Au moment de s'asseoir autour de la table, mon cœur vacille. Une odeur atroce en provenance des pieds du big boss me rappelle ma récente visite, à Vieux-Ferrette, en Alsace, dans les caves du célèbre Bernard Antony 01, le grand spécialiste de l'affinage du Munster. Insupportable ! Des trésors d'imagination pour tenter d'échafauder une solution ou un motif crédible pour interrompre cette séance avant d'en être réduit à restituer mon petit déjeuner entre un catalogue technique et une maquette de cabine à deux issues. Très curieuse, la tolérance des deux techniciens aux effluves dégagées par les arpions du boss fleurant une funeste combinaison d'Époisses et de Langres. Une habitude peut-être ? Toutefois marquée d'une certaine crispation. In fine, je trouve une position antalgique, une orientation de la tête qui me permet de tenir quelques dizaines de minutes avant de mettre une fin précipitée à la réunion.
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L'homme aux clés d'or
Monsieur G. porte nœud papillon, exhibe des cartes de visite gaufrées à caractères gothique d'un parfait mauvais goût, il se targue d'une ascendance de grande noblesse, refuse tous rendez-vous avant onze heures du matin invoquant « son rang ». Renseignements pris, cet individu est un obscur commerçant qui a eu l'heur d'épouser la fille d'un marchand de drap fortuné. Je me dois de le supporter comme acheteur d'un appartement de grand luxe dans l'immeuble dont la construction est en voie d'achèvement. Ce bougre a probablement été attiré par le fait que ce bâtiment est doté d'un « monte-voiture » dont les dimensions acceptent toutes les berlines à l'exception des Rolls-Royce Phantom V. Mais lui, se déplace uniquement en taxi ; il ne possède pas d'automobile.
Discussions tendues et non dépourvues de condescendance, décisions sans cesse remises en question ce qui anéantit constamment le calendrier prévu ; fait qui nous est, par ailleurs, reproché à chaque fois. Les exigences abracadabrantesques se succèdent. La sonnette d'entrée doit être un carillon. Mais une différentiation doit absolument être faite entre la commande du palier et celle de la porte de l'immeuble. Doivent être utilisées respectivement les premières notes de la 5ème et la 9ème de Beethoven, ce à l'époque où le son numérique n'existait pas. La cerise sur le gâteau nous est servie par l'exigence irrévocable de lui fournir les clés de l'appartement et de ses dépendances en or 24 carats. Il est alors longuement expliqué à ce cuistre que ce métal est malléable et incompatible avec la fonction d'une clé d'ordinaire en maillechort, un alliage extrêmement dur. L'obstination de cet individu nous a finalement conduit à faire plaquer son jeu de clés d'un métal coloré dont j'ignore la nature avec le vain espoir qu'il ne disparaisse pas avant un mois ou deux. L'ouvrage achevé, un habile artifice contractuel glissé dans son contrat a pu nous préserver à tout jamais des pantalonnades de cet énergumène. Certes. Mais l'année suivante, c'est une Cour de justice qui nous convoque à titre de témoin, dans le cadre d'un procès qui oppose ce demeuré à son voisin du dessous. Réparation lui était demandée pour les importants dégâts d'eau causés par le plantage de plusieurs piquets de parasols dans l'isolation et l'étanchéité de sa terrasse…
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Géosphère catalane
Voici une construction majeure. L'artère principale – sur trois étages – d'un complexe universitaire de forte densité. J'en suis le chef de projet. Il est convenu de surmonter cet ouvrage en sa totalité d'une terrasse formant un espace à la fois de distribution et de rencontre, protégé par une toiture constituée d'une structure tridimensionnelle de tubes d'acier. Sa caractéristique principale est sa longueur, peut-on dire, inhabituelle : 495 mètres.
Après des mois d'études par deux bureaux d'ingénieurs, un consortium de trois entreprises spécialisées cornaquées par un homme considéré à l'époque comme le pape en matière de charpentes tubulaires, la mise en œuvre commence. Dans le dessein d'accélérer le processus, il est décidé de commencer le montage de la charpente à chaque extrémité de l'objet en vue de la jonction médiane des deux tronçons. Ce moment arrive enfin après plusieurs mois de travail. Le champagne est déjà au frais. Mais voilà. Les deux éléments à rassembler, calculés au millimètre près, ne sont pas jointifs. Les sourires sont figés. Une campagne de vérification est alors amorcée, elle dure plusieurs semaines. Un travail fastidieux et démoralisant. Pour un peu moins de deux malheureux centimètres d'écart de hauteur. De part et d'autre de la structure, la géométrie est conforme aux plans de montage, ces derniers sont conformes aux calculs des plans de projet. Les listes de pièces sont conformes aux plans de montage. Les bulletins de livraison des tubes sont conformes aux listes de pièces. On en est arrivé au stade où la suspicion légitime s'oriente vers la sorcellerie lorsqu'à la cafétéria, un chauffeur de camion catalan de passage rompt le brouhaha des conversations comme le couperet d'une guillotine.

— Has pensat en la rodonesa de la Terra ?

(" Vous avez pensé à la courbure de la terre ? ")


Il avait raison !
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Surélévation de conserve
Un Magyar, vénérable ressortissant hongrois, alors égaré à la direction d'une conserverie me contacte pour opérer la surélévation d'une halle, propriété d'une dynastie d'industriels de haut rang à la tête de 34 000 salariés dans 120 pays. Tout d'abord, je rencontre le fondateur et son fils de cette gigantesque firme pour apprendre que l'entreprise de mon Magyar n'est que locataire de l'immeuble et que la surélévation a pour objet son propre domicile. La faisabilité du projet doit dépendre de l'expertise d'un ingénieur civil. Mon client en récuse la nécessité au motif qu'il est lui-même ingénieur et qu'il n'y a aucun problème de structure. Le doute commence à m'envahir quant au sérieux de l'affaire. Incrédule, je procrastine le problème pour tout de même établir un programme et un avant-projet succinct. À la présentation de la première esquisse, mon chantre de la boîte en fer blanc peine à m'expliquer son souhait architectural. Un pavillon en maçonnerie façon " villa Sam' suffit " avec un toit de tuiles à deux pans, posé sur la couverture d'une halle industrielle… et si ça se trouve, entouré d'une armée de nains de jardin ? Pas moyen de lui faire entendre l'incongruité de la chose. Il a fallu que je dérange l'urbaniste en chef de l'agglomération pour lui faire rédiger une lettre officielle de refus du projet. Encore une affaire qui se termine en eau de boudin !
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Pictural mystère
Je dirige la construction de douze cellules chaudes. Il ne s'agit là nullement d'une organisation interlope, mais de chimie nucléaire. Ces cellules doivent servir à la manipulation de matières radioactives – en particulier de l'iode – en vue de réaliser certains médicaments destinés à combattre le cancer. Chacune de ces cellules doit faire preuve d'une étanchéité absolue, à l'air et aux radiations, assurée par un blindage d'acier et de béton d'environ quarante centimètres. Le traitement des substances, observé au travers d'un épais hublot de verre, y sera réalisé par le truchement de télémanipulateurs. Pour satisfaire les exigences de confinement, chaque élément traversant le blindage doit l'être au travers d'un tube d'acier inoxydable ancré et coulé dans la masse du béton.
Les travaux vont bon train lorsque l'on remarque l'oubli de l'un de ces manchons alors que la dalle supérieure est déjà coulée. Un manchon par cellule… Douze manchons… Il est alors décidé de percer la dalle avant de forcer les cylindres enduits de colle pour en assurer l'étanchéité. Les douze percements effectués, voilà que le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) exige que l'intérieur des percements soient peints à l'époxy à deux composants avant la mise en place des manchons en raison de la porosité du béton. Problème ! Peindre l'intérieur d'un percement de 25 millimètres de diamètre traversant une dalle de 30 cm d'épaisseur. Un vrai problème effectivement. Un aréopage de spécialistes plus ou moins chevronnés se réunit le lendemain pour trouver une solution à cette énigme. Les propositions les plus diverses sont réfutées les unes après les autres. Les esprits s'échauffent. Les propos s'enveniment parmi les six personnes conviées à ce rendez-vous. Mais pas parmi celles qui ne le sont pas. À savoir un ouvrier ibérique sans formation qui joue ici le rôle " d'homme à tout faire " avec presque toujours grand succès dans les missions qui lui sont confiées. Le brave Alvarez qui, par hasard, passait par là, occupé à une de ces tâches insolites qui lui étaient coutumières mais avec une oreille discrète pour le cauchemar de ces messieurs.

— Moi, yé vous lé fait !


Sourires pincés mais discrets. Comme le temps presse, le stérile aréopage décide de se revoir le lendemain afin d'examiner les nouvelles réflexions crépusculaires de chacun. Tôt le matin, voilà la valeureuse troupe d'hyper spécialistes réunie à nouveau. Le ton monte encore plus rapidement que la veille. La solution miracle est soudain proclamée assortie d'une invitation à grimper sur la dalle pour une démonstration. L'ascension est laborieuse sur l'unique échelle disponible. Le " démonstrateur ", enfin entouré de ses cinq comparses, s'apprête à entamer son magistral exposé lorsqu'un de ces derniers flaire une odeur qui ressemble à celle de l'acétone…
Les douze percements avaient été peints la veille. Personne n'a jamais su comment Alvarez s'y était pris.
Aujourd'hui, moi-même, je ne le sais pas.
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Roussi en Roussillon
Il s'agit d'une station balnéaire roussillonnaise très exposée à de dangers naturels divers et déjà en proie à une urbanisation sauvage et usurpatoire. Un dénommé Guy Merlin y a déjà pris ses quartiers. Ce personnage n'a d'enchanteur que par l'effet du renom dont il bénéficie auprès d'acheteurs modestes et crédules à coup de publicité tapageuse et souvent mensongère. Même Coluche a parodié son ignoble battage par la formule " Maison Merlin, cage à lapin ! "02, encore dans (presque) toutes les mémoires. Je peux en parler en connaissance de cause puisque j'avais été logé hors-saison et pour une nuit dans un de ces immeubles. J'ai été surpris par l'assiette des planchers qui accusaient une pente de près de 2%. Probablement due à des tassements différentiels des fondations coulées sur des sols hétérogènes, bien entendu sans la moindre étude géotechnique devant induire une assise idoine des constructions.
Un ami de longue date me dit que le maire cette commune, qu'il connaît bien, a besoin d'un architecte " habitué à de grands travaux " pour le futur développement immobilier de son royaume. Méfiant, j'accepte toutefois de poursuivre. Mon itinéraire professionnel semble être alléchant face aux ambitions du maire et un rendez-vous est pris. Un trajet de 650 km en voiture n'est pas vraiment compatible avec mon emploi du temps. Ma chère secrétaire me trouve à grand peine un vol partant de Lyon pour Perpignan. Après confirmation de la mairie pour le rendez-vous du lendemain, j'embarque à « Saint-Ex » dans un Embraer EMB 110 d'environ 20 places. Un zingue brésilien à hélices (hélas). Un trajet épouvantable, bruit de moteur assourdissant, odeur pestilentielle en provenance des latrines, trous d'air constants et violents, agrémentés par l'écoute forcée et évocatrice d'enregistrements de Daniel Balavoine, récente victime d'un crash aéronautique. Le EMB me pose sain et sauf à Perpignan dont le tarmac reçoit l'impact de mes deux mocassins (sans glands), ce qui semble déclencher instantanément l'extinction des feux de l'entier de l'aéroport. Il est 22 heures ! Merci les syndicats !... À tâtons, les passagers, dont moi-même, gagnons les bâtiments… qui sont fermés à double tour. Un petit portail métallique attenant évite, avec bonheur, d'avoir l'outrecuidance de me résister et permet aux passagers – ivres de colère – de sortir de l'enceinte de la place. À défaut de l'accueil prévu, un taxi en maraude va me conduire à une adresse précise et bien connue dans la commune de mon futur hôte. À l'image d'un taxi parisien qui ignorerait où se trouvent les Champs-Élysées, le chauffeur ne connaît pas cette adresse… L'intervention de promeneurs anonymes me permet de trouver ma destination et de passer la nuit dans un lit. À l'heure convenue, le lendemain, mon ami et moi, nous nous trouvons au greffe de la mairie.

— Nous avons rendez-vous avec Monsieur le Maire.
— Mais ?... Monsieur le Maire est aux Etats-Unis, il reviendra… le …


L'aspect documentaire de l'ambiance de la maison qui suivra cet incident « anodin » sera fondamental sur la lente et laborieuse constitution de ma propre édification 03.
Bientôt : Annulation d'élection pour faux électeurs, abus de biens sociaux, fraude fiscale, connivence avec des groupes maffieux, extorsion en bande organisée, concussion et complicité de destruction de preuves, corruption, favoritisme, prise illégale d'intérêts.
Plus tard : Détention du maire déchu pour association de malfaiteurs, blanchiment importation de devises non déclarées.
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Port Grimaud
En proie à quelques velléités synergiques je décide de m'associer avec un confrère d'excellente réputation. Il semble parfait pour s'investir dans la prospection, ce que je déteste faire. Il impressionne par son vestiaire de haute qualité, en permanence immaculé. Une vertu que je croyais convaincante mais qui en réalité, n'inspire pas forcément la dynamique infuse et encore moins le stakhanovisme compulsif.
Les premiers mois d'activité commune révèlent une certaine asymétrie dans les résultats mais aussi dans les ressources. En production, environ 30 % contre 70% pour le travail de mon équipe. Pour ce qui a trait à la prospection, l'écart enfle un peu ; de 1 à 40. En revanche, le compte bancaire commun que nous avons ouvert n'est pour l'instant alimenté que par mon bureau. Je reste patient même si j'observe que mon cher associé n'arrive jamais avant 9 heures du matin pour en repartir à 17, tout en s'offrant une large pause de plus de deux heures le midi. Mon refus chronique de partager cette trêve avec lui me vaut bientôt le qualificatif de " besogneux ". Arrive le mois de juillet, le départ de toute la famille de mon partenaire pour Port Grimaud m'est annoncé avec un généreux préavis de trois jours. Je cesse d'être patient lorsque je découvre durant leur séjour de rêve, que de substantiels honoraires qui m'étaient dus pour une prestation exécutée par mon équipe et moi-même ne m'ont pas été versés et, en toute logique, servent maintenant de pâture aux gargotiers grimaudois. C'est mon avocat qui m'a permis de pouvoir récupérer une partie de l'addition à la suite de notre inéluctable séparation. Voilà une page tournée… Pas tout à fait.
Me rendant à chez une cliente, trente ans plus tard, je passe devant quatre bâtiments abritant, sur deux niveaux, plusieurs petites entreprises artisanales. Toute la journée ces constructions titillent les tréfonds de ma mémoire jusqu'à un stade obsessionnel. Rentré chez moi je parviens enfin à me souvenir d'une rencontre avec des ingénieurs d'une très importante entreprise industrielle de constructions métalliques qui souhaitaient mettre au point des modules de cette typologie. Pour tenter de les amadouer, j'avais alors dessiné un avant-projet d'une extrême polyvalence surpassant de loin les exigences du cahier des charges esquissé par eux. Mon très cher associé à qui j'avais remis le dossier pour poursuivre les discussions, m'avait annoncé peu après que notre putatif client abandonnait le projet. Trois décennies… Copié-collé !
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Les Bronzées font de la résistance
En dépit de mon traditionnel refus de travailler sur des maisons familiales, la tâche d'élaborer le projet de deux pavillons en moyenne montagne m'est confiée – dans des conditions pour le moins complexes – par une fratrie de deux dogmatiques écolos que l'on pourrait qualifier de « pur sucre ». Rapidement je m'aperçois que le parti et l'organisation intérieure est déjà formalisée par plusieurs croquis qui me sont remis. Consterné par la maladresse du chef d'œuvre, je commence par signifier à ces deux donneurs de leçons que mon métier consiste à imaginer et élaborer des projets architecturaux et non à dessiner ceux des autres. Et je leur propose d'amorcer un travail de professionnel sous la forme d'un schéma d'intention. Après acceptation d'une spontanéité frisant le forceps, plusieurs variantes leur sont présentées. Il s'agit là d'esquisses destinées à prendre une option fondamentale sur la typologie de l'organisation intérieure des deux pavillons. Mais tout de suite on me fait remarquer que j'ai « oublié » les cheminées et le « puits canadien ». Je dois expliquer à ces messieurs que tout projet est subordonné à une progression graduelle et hiérarchisée des éléments, ce qui exclut, en général, de commencer une étude par le choix de l'alliage des goupilles de poignées de portes. Le processus visant l'étape de la demande de l'autorisation de construire est laborieuse et pleine de revirements et de constantes remises en question de décisions élémentaires. Je dois insister pour que les salles d'eau soient pourvues – même si des douches y seront installées – de l'espace requis par une baignoire, ce à titre prévisionnel. Il m'est rétorqué que " Ça utilise trop d'eau, pas écolo ! ". Demeurant parfaitement insensibles au processus d'évaporation et de formation des nuages qui leur est expliqué, ajouté au fait que les Préalpes où nous nous trouvons sont assez éloignées du Sahel.
Au cours de la suite de l'approche de ce que l'on appelle l'avant-projet, l'examen de détail des canalisations communales révèle que l'altitude de l'un des pavillons, provisoirement fixée au départ, est légèrement insuffisante pour un écoulement " aux normes " de ses eaux usées. Il convient de rehausser son assise de 11 centimètres, encore – de très loin – en-deçà du gabarit autorisé par le plan d'urbanisme. Ce fait est ingénument annoncé à nos deux paroissiens. Suit la réception d'un courrier recommandé refusant catégoriquement cette « modification ».
Comme d'autres, cette affaire s'est terminée en eau de boudin suite à la réponse faite à notre demande du motif de cet incompréhensible refus :

— Ça fait de l'ombre aux marmottes !

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Billard libanais
Toute pièce montée – ou croquembouche – qui se respecte se voit pourvue en son sommet d'une figure emblématique de l'événement qu'elle est censée célébrer. Pour ce qui a trait à mon tortueux itinéraire professionnel, il s'agit d'une table de billard ; avancée ici avec caution réitérée de l'authenticité de l'histoire.
Un industriel libanais m'est présenté par une vague relation. D'âge mur, ce monsieur, assez imposant, fait montre d'une certaine superbe bien que courtois à l'extrême.
Les premiers échanges sont fort amènes et d'une tenue parfaitement distinguée, mais le prenant en caricature, mes collaborateurs l'appellent déjà « Le marchand de canons », comme s'il émergeait d'une case d'un album de Tintin. Ce personnage nous informe de sa récente acquisition d'une maison de deux étages dans une banlieue cossue de la région et souhaite notre concours pour l'agrandir quelque peu et réaménager son organisation intérieure. S'impose en premier lieu une vérification des données urbanistiques réglementaires et de l'état actuel de la construction pour en évaluer le potentiel d'extension. Cela fait, il lui est présenté de manière très schématique les quelques possibilités très limitées de transformation et les effets qui en résultent. Et surtout, l'absolue impossibilité légale d'agrandir cet ouvrage.

Notre collaboration s'est arrêtée là.

Au préalable, il a fallu avoir recours – en tant qu'arbitre – à la personne qui nous avait présentés pour tenter, avec un mal infini et sans succès, de faire comprendre à ce taré, l'absurdité de ses exigences qui relève de la jugeotte d'un enfant de six ans. Ce dégénéré souhaitait pouvoir contempler le mont Blanc depuis son lit. Et pour ce faire, que l'on déplace une des façades à l'aplomb du terrain du voisin, alors que l'on venait de lui expliquer qu'ici, la distance minimale requise à la limite de la parcelle était de cinq mètres. De plus, il exigeait que l'on déplace de deux mètres un autre mur extérieur pour obtenir, dans la petite pièce adjacente à sa chambre, l'espace suffisant pour y installer une table de billard et ses dégagements. Mais pour les deux opérations, il était pour lui hors de question de modifier de quelque façon, ni la charpente ni la toiture alors en appui sur lesdites façades...
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rquad.jpg   FOS © 21 octobre 2020

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[01]  Bernard Antony  [ retour ]
[02]  Coluche : " Alors moi, j'ai acheté une maison Merlin. Voyez ?... Maison Merlin, cage à lapin. Bon !... J'ai pris un crédit personnalisé à long terme. Parce que chez Merlin, c'est le crédit qu'est cher, c'est pas la maison, hein ! "  [ retour ]
[03]  Et aussi, in fine, la perte de l'affaire de mon ami en raison du non-paiement récursif des prestations facturées à la commune.  [ retour ]








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